De la justice au commissaire : la saisie sur salaires simplifiée
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- le 19.09.2025
La saisie sur rémunérations a récemment changé de visage, puisqu’en application du décret du 12 février 2025, entré en vigueur au 1er juillet, celle-ci qui a longtemps placée sous le contrôle du juge, est désormais conduite par le Commissaire de Justice.
Cette évolution illustre la volonté des pouvoirs publics de déjudiciariser certaines procédures civiles d’exécution, afin de désengorger les tribunaux et de renforcer l’efficacité du recouvrement des créances, en particulier celles liées aux loyers impayés.
Le principe de la saisie sur salaires
La saisie sur rémunérations consiste à prélever directement, auprès de l’employeur d’un débiteur, une fraction de son salaire pour rembourser une dette.
L’employeur devient alors un « tiers-saisi » qui, chaque mois, retient sur le salaire la quotité saisissable et la verse au bénéfice du créancier.
Jusqu’à récemment, cette procédure nécessitait une autorisation préalable du juge, étape, perçue comme lourde et chronophage, qui ralentissait le recouvrement effectif.
Désormais, l’autorisation judiciaire n’est plus requise : le Commissaire de Justice pilote directement l’ensemble de la procédure, à condition que le créancier dispose déjà d’un titre exécutoire (jugement de condamnation, bail notarié, acte authentique, etc.).
Le déclenchement de la procédure
Le point de départ de la procédure est toujours celui de l’existence ou de l’obtention d’un titre exécutoire.
Une fois ce titre en sa possession, le créancier mandate un Commissaire de Justice lequel notifie la mesure au débiteur en l’informant de la saisie envisagée. Dans le même temps, il adresse une signification à l’employeur, qui devient tiers-saisi.
L’employeur doit alors déclarer au Commissaire de Justice l’ensemble des éléments utiles pour calculer la quotité saisissable : montant du salaire, primes, avantages en nature, éventuelles autres saisies déjà en cours, formalisme essentiel pour garantir un calcul exact et éviter toute irrégularité.
La réforme apporte en plus une autre nouveauté puisque dès la signification du commandement au débiteur, le Commissaire de Justice doit procéder à son inscription dans le registre numérique des saisies des rémunérations, et ce au plus tard le jour ouvrable suivant.
Cette formalité constitue une condition impérative de validité puisqu’à défaut, le commandement est caduc.
Ce registre, à vocation nationale, assure la transparence et la sécurité juridique des procédures en permettant de vérifier l’existence éventuelle d’autres saisies en cours.
Le calcul de la part saisissable
Le Commissaire de Justice procède lui-même au calcul de la fraction du salaire saisissable, sachant que la loi fixe des barèmes progressifs tenant compte du revenu et de la composition familiale du débiteur.
En tout état de cause, une part insaisissable est préservée et désignée sous le terme « reste à vivre », destinée à couvrir les besoins essentiels de la personne et de sa famille.
Cette étape est cruciale, car elle incarne l’équilibre recherché par le législateur entre le droit du créancier à recouvrer sa créance et la protection de la dignité du débiteur.
Le rôle pivot du Commissaire de Justice
La réforme place le Commissaire de Justice au cœur du dispositif, puisque son rôle ne se limite pas à une fonction technique, mais il devient l’interlocuteur unique de toutes les parties.
En pratique, l’officier :
- Notifie la mesure au débiteur et informe l’employeur tiers-saisi ;
- Vérifie les déclarations de l’employeur et suit leur exactitude dans le temps ;
- Veille au respect de la quotité insaisissable et à l’information claire du débiteur ;
- Oriente le créancier sur les suites de la procédure et la régularité du processus ;
- Répartit les sommes perçues entre plusieurs créanciers en cas de concours.
Les garanties offertes au débiteur
Cette déjudiciarisation ne se signifie pour autant pas l’absence de contrôle, car le débiteur reste protégé.
Il bénéficie d’une information détaillée sur la procédure, et d’un droit de contester certains aspects devant le juge de l’exécution, et conserve un reste à vivre insaisissable. Le Commissaire de Justice doit impérativement respecter ces règles, sous peine de nullité de la saisie.
Ainsi, si le créancier gagne en rapidité et en efficacité, le débiteur n’est pas démuni, d’autant que la procédure demeure strictement encadrée par le Code des procédures civiles d’exécution, garantissant l’équilibre des intérêts en présence.
Un dispositif plus rapide et sécurisé
Le basculement de compétence au profit du Commissaire de Justice vise d’abord la célérité. Les délais sont raccourcis, puisque l’absence d’autorisation judiciaire supprime une étape. Le créancier voit son recouvrement accéléré, tandis que le débiteur bénéficie d’une procédure claire, centralisée et encadrée par un seul interlocuteur.
Un exemple probant est celui du recouvrement des loyers impayés, qui peut désormais être directement initié par le créancier disposant d’un bail notarié, sans avoir recours au juge.